jeudi 17 janvier 2013

Macklemore & Ryan Lewis : vers un rap ouvertement engagé et gay friendly?

Depuis mon enfance, j'ai toujours adoré le rap. J'ai dû passer par tous les stades possibles et inimaginables. J'aimais tellement le rap que j'en oubliais parfois les propos homophobes de certains rappeurs : je faisais tout simplement comme s'ils n'existaient pas ou qu'ils étaient normaux (c'est toujours beaucoup plus facile évidemment). Cependant, en grandissant, j'ai développé un autre regard sur les choses : ces propos ont fini par devenir gênants. Dans le texte ci-dessous, je ne condamne pas le rap pour homophobie, mais je fais le procès de certains de ces rappeurs. Heureusement, les choses évoluent grâce à des rappeurs engagés pour la cause gay. Macklemore et Ryan Lewis en font la figure de proue...

 


« If I was gay, I would think hip-hop hates me. Have you read the YouTube comments lately? "Man that's gay", gets dropped on the daily. We become so numb to what we're saying » 
« Si j'étais gay, je penserais que le hip-hop me déteste. Avez-vous lu les commentaires Youtube récemment ? Des "Mec, c'est gay", sont lâchés dans le quotidien Nous devenons tellement insensibles à ce que nous disons » Same Love - Macklemore & Ryan Lewis) 

   Les rappeurs, à quelques exceptions près bien sûr, n'ont pas toujours été très tendres avec la communauté gay. En écoutant certains morceaux d'Orelsan ou encore de Sexion d'Assaut qui figurent parmi les « plus grands artistes de la chanson française » et respectivement nommés aux NRJ Music Awards 2013 (c'est dire le niveau !), on peut s'étonner que plusieurs de leurs titres soient diffusés sur les ondes radio voire même chantés sur scène : 

« Adieu ceux qui vivent à travers leur sexualité. Danser sur des chariots ? C'est ça votre fierté ? Les bisounours et leur pouvoir de l'arc-en-ciel. Qui voudraient me faire croire qu'être hétéro c'est à l'ancienne. Tellement, tellement susceptible. Pour prouver que t'es pas homophobe faudra bientôt que tu suces des types » (Orelsan - Suicide Social)


   Orelsan a toujours prétendu dans cette chanson que « ces propos étaient trop gros pour que ceux-ci soient pris au premier degré » (NDLR : la chanson raconte l'histoire d'un type au bord du suicide qui jette son dévolu et sa haine sur toutes les catégories de la société). Le public d'Orelsan est essentiellement composé de jeunes entre 14 et 15 ans. A cet âge-là, en plus d'être à la recherche de son identité sexuelle, on n'est pas toujours à même de comprendre le sens de certaines paroles. Celles-ci sont d'autant plus choquantes que nous vivons dans une société qui est très instable et qui fait preuve d'une tolérance relative à l'égard des homosexuels. Les récentes manifestations anti-mariage gay en France en sont un exemple significatif. 

          

« Les mecs fashion sont plus pédés qu'la moyenne des phoques (Orelsan - Changement) 
« Je crois qu'il est grand temps que les pédés périssent. Coupe leur le pénis. Laisse les morts, retrouvés sur le périphérique » (Sexion d'Assaut - On t'a humilié)


    Même si le groupe Sexion d'Assaut s'est excusé publiquement en 2010 pour la nature homophobe de plusieurs de leurs chansons (prétextant ignorer la portée réelle de ce terme), celles-ci restent aisément accessibles sur la chaîne YouTube. Et, au même titre qu'Orelsan, leur base de fans est plutôt jeune. 

    Les exemples français sont encore nombreux (Kery James, NTM...), mais le rap états-unien n'est pas en reste, loin de là... Eminem tient également des propos scandaleux. 50 Cent, quant à lui, se déclarait ouvertement homophobe dans le magazine Playboy en 2004 . Il multiplie depuis les dérapages sur son compte tweeter:  

« If you a man and your over 25 and you don't eat pu**y just kill yourself damn it. The world will be a better place. Lol » 
« Si tu es un homme et que tu as plus de 25 ans et que tu ne manges pas de cha**e, suicide-toi, merde. Le monde n'en sera que meilleur. Lol » (50 Cent - 30 Septembre 2010)

  

  Est-ce un manque d'ouverture de leur part, une réelle volonté d'ambivalence ou tout simplement l'ambiance machiste et virile qui caractérise le milieu hip-hop masculin qui pousse les rappeurs à sortir de telles inepties? Il est vrai que les préjugés sont nombreux et l'ignorance énorme (eh non, le mot pédé placé à tout bout de phrase et rime n'est pas une insulte de récréation!). Le poids des paroles n'est pas toujours bien pesé et pas seulement pour la communauté gay, il suffit simplement d'écouter certains discours tenus au sujet des femmes. Y a-t-il alors une place pour des chansons de rap sans tolérance à demi-teinte? 


   Les esprits tendent à évoluer tout doucement heureusement (et pour le plus grand bien de la musique!), comme le démontre la chanson Same Love écrite par Macklemore et produite par Ryan Lewis, un véritable hymne à la paix et à la tolérance. Ils lancent leur soutien pour la légalisation du mariage gay et prennent ouvertement positions vis-à-vis du milieu hip-hop concernant l'homosexualité : 
« Misogyny and homophobia are the two acceptable means of oppression in hip-hop culture. It’s 2012. There needs to be some accountability. I think that as a society we're evolving and I think that hip hop has always been a representation of what's going on in the world right now »  
« La Misogynie et l'homophobie sont deux facteurs d'oppression dans la culture hip-hop. Nous sommes en 2012. Il faut être responsable. Je pense que, comme la société, nous évoluons et je pense que le hip hop a toujours été une représentation de ce qu'il se passe dans le monde actuellement » (Macklemore)



  A côté d'eux, plusieurs rappeurs comme Jay-Z, Kany West, A$AP Rocky ou Lil B, qui a intitulé son dernier album I'am gaytentent de sortir le rap de ses vieux carcans et de ses vieux préjugés. Certains rappeurs font leur coming out comme Frank Ocean et contribuent à modifier l'image hétérosexuelle qui plane sur ce milieu. Bien sûr, il ne faut pas se leurrer, certains changent de discours par pragmatisme ou par hypocrisie quand ils savent qu'il vaut mieux être proche des milieux tolérants pour pouvoir mieux vendre des disques. Mais, malgré tout, assiste-t-on finalement à un début de coming out pour le milieu du hip-hop ? Sans doute, mais l'homophobie dans le rap a encore quelques beaux jours devant elle...  

Jones 

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